Les entretiens : un exercice scolaire, un passeport professionnel

« Nous vous écoutons, présentez-vous »

Cette phrase, à quelques mots près, nous l’avons tous déjà entendue, ne serait-ce qu’une fois, pour un entretien d’embauche, de stage ou au cours de notre cursus scolaire. Cet exercice appelé « entretien » est à mes yeux fondamental : il permet de passer de l’introspection à l’épanouissement professionnel, scolaire mais aussi et surtout humain.

Aussi, le mois dernier, j’ai eu la chance, si ce n’est le privilège, de participer aux entretiens de personnalité préparatoires aux oraux des Grandes Ecoles en tant que jury. J’allais pouvoir pendant une journée entière donner de nombreux et modestes conseils aux étudiants, avec qui, certes, je dois néanmoins rester sérieux, rester « jury ». Quel est le déroulement de leurs entretiens ? « 20 minutes de passage sur un sujet d’actualité, 20 min de passage sur leur personnalité (en partant du CV), puis débriefing ». Excellent, je suis impatient. « Veillez à mettre les étudiants en réelle situation d’entretien » Ah, bon, j’essayerai de rester bienveillant pour autant car la froideur ne mène jamais à des échanges épanouissants au sens de partage et de réciprocité. « Cependant, sachant que nous sommes à une semaine de leurs véritables oraux, veillez à ne pas les ‘ démoraliser ‘ non plus ». Soit, je ne sais plus quel comportement adopter envers mes « benjamins », si ce n’est alterner entre l’impassibilité paralysante et l’indulgence inconstructive ; nous verrons lorsque le premier étudiant passera. Trêves de discours, il me semble important de vous en faire un retour dans ce billet, avec en prime, retenez votre souffle, mon pessimisme et surtout mes « conseils ». Car au-delà des (rares) échanges, j’ai surtout eu de nombreux silences.

Au-delà de la gentillesse et de l'amabilité des sept étudiantes rencontrées, trois d'entre elles seulement avaient compris l'exercice, travaillé un minimum sur l'actualité et leur personnalité et, il faut le dire, seules ces « fameuses » trois étudiantes avaient la maturité d'un étudiant de BAC + 2. Sept étudiants, qui plus est sept filles, n’est pas un échantillon représentatif mais ce billet ne prétend en aucun cas mettre en exergue une vérité absolue. Il aura le mérite d’être un exemple, parmi tant d’autres, du chemin à parcourir en vue d’une « révolution » de l’Education et de ses méthodes. Par ailleurs, l’emploi du terme « maturité » n’a rien de subjectif, méprisant ou présomptueux. J'entends par ce terme :

Une connaissance de l'actualité et un minimum de réflexion et d'esprit critique (prendre un article sur la loi travail sans en connaître ne serait-ce que le contenu général ou même les « grandes lignes », prendre un article au sujet du viol et ne citer que DSK comme illustration/exemple, dire sur ce même sujet "le viol, c'est pas bien, c'est mal" , et je caricature à peine, prendre un article sur la Génération Y et ne pas savoir répondre à « Comment nous définiriez-vous la génération Y ? », ... etc.)

Un projet professionnel rationnel, argumenté et raisonnable (une certaine cohérence dans son projet ou quand il n'y en a pas, savoir argumenter, ne pas décrire son parcours et affirmer que l’on sera « Directeur Commercial » deux ans après la sortie de son école de commerce, aborder une formation dispensée dans l’école espérée, Master Développement Durable en l’occurrence, alors qu'elle n'existe pas dans cette école, pouvoir argumenter autrement que par « j'aime bien ce pays » lorsque nous demandons à l’étudiant pourquoi il a choisi tel ou tel pays pour travailler/vivre, pouvoir au moins donner une définition du métier envisagé et normalement préparé... etc.).

Un CV épuré, en adéquation avec ce qui se fait sur le marché du travail et SANS FAUTE (« fiancée sans enfants » rédigé avec un « s » pour 6 étudiantes sur 7 dès la 3ème ligne du CV présenté, pour ne citer que cet exemple : symbolique et suffisant pour en faire une remarque, de très mauvais augure pour un entretien d'école, éliminatoire pour un stage ou un emploi).

Une connaissance humaine et professionnelle de sa personnalité (connaître ses qualités et ses défauts, choisir comme défaut « l'égoïsme », être perdue si l'on pose une question atypique et sans rapport direct avec l’entretien, prétendre « aimer la lecture » ou « les voyages » mais ne pas savoir décrire un voyage ou un livre ... etc.).

Les quatre points ci-dessus sont évidemment non exhaustifs. J'ai essayé de réduire chaque partie, car j'aurais encore de nombreux « conseils » à donner, comme préparer sa personnalité en fonction de l'école, choisir ses qualités et ses défauts intelligemment, préparer sa phrase de présentation, point de départ (crucial) d'un entretien … etc. Je vous invite, par la même occasion, à visionner les quelques huit vidéos, sélectionnées par « Welcome to the jungle », plus inspirantes les unes que les autres : au-delà de la dimension « pédagogique » que j’essaye d’apporter par ce billet, ces huit conférences vous aideront à solidifier votre confiance en vous et stimuleront vos ambitions et vos convictions. Qui plus est, j’attire votre attention sur le fait que je fais ici seulement un état des lieux relatif à mes impressions, mon expérience et donc à ma subjectivité. Je parle de « conseils » mais ce sont davantage des remarques, utiles à mes yeux, issues de mes bonnes mais surtout de mes mauvaises performances en entretien. De ce fait, avec du recul et beaucoup de précautions, je tire des entretiens donnés ce jour-là un constat (général évidemment) plutôt négatif.

Avec du recul, j’observe un manque critique de naturel et de spontanéité. Une impossibilité à créer l'échange et parfois même à rebondir ou à développer. Certes, la préparation est importante, mais au-delà de ce principe scolaire, la culture générale et le travail effectué en prépa inculquent une richesse de connaissances, une gymnastique et une ouverture d'esprit, de la réflexion et du recul. Ces compétences engendrent normalement cette spontanéité et ce naturel, c'est-à-dire des qualités humaines. La théorie, le fond, le savoir scolaire, c’est fondamental, mais ce qui l’est tout autant, c’est vous, l’être humain qu’un jury ou futur employeur aura en face de lui. En ce sens, ce savoir est caduque si le candidat ne stimule pas son « bagout », son bon sens et s’il n’est pas « débrouillard ». Ce sont des mots familiers, mais ils sont tout à fait représentatifs du pragmatisme professionnel attendu, si l’on ajoute à ces termes l’indétrônable « motivation ».

Ainsi, ce billet modestement pédagogique (sous forme long discours, j'en suis désolé) n'est pas, une fois de plus, de la pure méchanceté mais plutôt un besoin de faire un retour, pour moi, tout en essayant de vous y sensibiliser. Étudiants, parents, futurs parents ou qui que vous soyez, les entretiens nous concernent tous à un moment donné, et sûrement davantage dans le contexte à venir, où nous changerons peut-être de métier comme l’on change une voiture, la polyvalence et l’adaptabilité seront des qualités indispensables. Passionné par l'éducation, le coaching de personnalité et très attaché à l'épanouissement des étudiants, je dédie ce billet à mes années prépa, mais surtout à tous les étudiants, que je connais ou non, qui ont (ou qui vont), après cette lecture, réussi(r) leurs entretiens.