Interview de Benoît Raphaël, expert en innovation digitale et média, membre du comité d’inspiration

Quand on parle d’harmonie, ça vous fait penser à… ?

Je pense que c'est un concept majeur pour les temps à venir. Que l'on parle de démocratie, d'aménagement urbain, d'éducation. Et, plus généralement, de la façon dont nous, sociétés, citoyens, entreprises, devons envisager notre futur.

En musique occidentale “l’harmonie tonale a pour vocation d'unir les principes d'horizontalité (la mélodie) avec les principes de verticalité (les accords).”

Quand je pense harmonie, je pense donc à la rencontre de l'horizontalité (partir du "nous", le collaboratif) et de la verticalité (les prises de décisions).

Dans le concept d'harmonie, j'entends "hybridation": celle des parcours individuels et de la richesse de la mixité collective, celle du dynamisme de l'urbain et du retour à la terre, et à l'humain. Celle de la mixité des cultures, des générations et des métiers.

L'harmonie n'est donc pas qu'un concept philosophique, moral ou utopique. C'est un logiciel de vivre ensemble. C'est une méthodologie autant qu'un apprentissage, qui démarre par le faire, plus que par le discours.

Le discours vient après. L'harmonie, c'est une aventure que nous devons raconter ensemble.

Quels sont à votre avis les éléments médiatiques qui ont joué en faveur ou défaveur d’une harmonie plus grande au niveau national et international ?

Trop peu justement. Il y a des aspirations à vivre ensemble, à participer aux enjeux sociétaux et politiques de façon horizontale, mais elles sont encore silencieuses, parce que pas assez structurées. Elles cèdent encore le pas au repli sur soi, à la révolte contre les élites, et au refuge dans des valeurs radicales et clivantes. Il y a cependant un momentum, qu'il faut saisir : c'est un moment où les repères sont brouillés mais où émerge également l’envie de nouveau monde. C’est aussi un moment où la révolution digitale libère chez les nouvelles générations (et par effet de résonance chez l’ensemble des générations) l’envie de s’impliquer et de trouver des solutions de façon plus horizontale.

Pour vous comment pourrait médiatiquement se traduire l’harmonie à l’échelle d’un pays ?

Il faut clairement changer de logiciel. Aujourd'hui, 44% des nouvelles générations sont issues de l'enseignement supérieur. Elles sont envie de participer. La passivité entraine le repli sur soi, la possibilité d'agir renforce l'empathie et libère les énergies.

Depuis quelques années, commence à s'imposer le concept de média d'impact, ou média de solutions. Les études ont montré que lorsque les médias enrichissent leur travail d'information par la recherche de solutions, en impliquant leur audience, la qualité d'engagement augmente considérablement. Tout comme la qualité d'écoute de ces médias . J'ai eu la chance d'accompagner plusieurs expériences média ces deux dernières années, notamment à Nice-Matin, mais aussi avec Sans A_ (un média fondé par des jeunes pour engager les communautés autour de parcours d'exclusion afin de trouver des solutions). Les résultats que nous avons obtenu confirment ces études.

Aujourd'hui, une histoire racontée par un média doit devenir une histoire que l'on raconte ensemble. La responsabilité des médias, au delà de leur devoir d'informer leur audience, est de stimuler ses idées, sa capacité à agir, et de le raconter. En l'inspirant avec les solutions concrètes qui sont déjà apportées par des milliers de citoyens en France.

Les gens veulent participer à la construction d'un monde meilleur et plus harmonieux. Ils ont besoin de reprendre le contrôle de leur futur. Le rôle des médias dans ce désir est primordial : inspirer, être transparent, apporter de la connaissance et de l'intelligence.

Vos 5 valeurs ou mots-clés pour un avenir harmonieux ?

L'imaginaire, l'humain, la transparence, l'hybridation, le changement de logiciel.