En exil : l’éducation pour se reconnecter avec les autres et avec son avenir

2015 a été une année marquante en Europe. L’année que nombreux nomment l’année de la “crise des migrants”. Plus d’un millions de personnes en exil ont rejoint l’Europe, au péril de leurs vies. En 2016, le mouvement continue. Entre janvier et avril, selon l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) plus de 177 000 personnes avaient entrepris ce périple. Le mot “réfugiés” a même été élu “mot de l’année”... Migrants, réfugiés, demandeurs d’asile, derrière les mots, des individualités Que doit-on en penser ? Car derrière ces mots, que l’on confond souvent (lire l’article des Décodeurs pour mieux comprendre) et derrière ces nombres qui font sensations dans les media et qui font peur aussi, se cachent des vies volées, des individualités qui ne peuvent plus s’exprimer, des gens qui ont la sensation de ne plus réellement exister. C’est d’ailleurs ce qu’explique Guillaume Capelle, co-fondateur de SINGA, association œuvrant pour créer des échanges et des collaborations entre personnes réfugiées et sociétés d’accueil. Nombreuses sont les personnes qui, une fois arrivées à destination, expliquent qu’il est très difficile de se retrouver ignoré, regardé avec indifférence et qu’ils se sentaient souvent mieux dans leur pays d’origine, même emprisonnés, car ils avaient leur dignité. Ils avaient exprimé leur opinion. Ils y étaient quelqu’un.   Quel rôle pour l’éducation ? Aujourd’hui, la moitié de la population mondiale des réfugiés est représentée par des enfants de moins de 18 ans (source : UNHCR). Et parmi ces enfants, très peu ont accès à une éducation de qualité. Le UNHCR a fixé des objectifs ambitieux dont celui de permettre à trois millions d’enfants réfugiés de bénéficier d’un enseignement primaire et étendre l’enseignement secondaire à un million de jeunes. « Dans la dévastation des conflits et du déplacement forcé, c’est l’éducation qui porte le rôle de donner de l’espoir aux enfants et jeunes réfugiés afin d’envisager et construire un avenir plus sûr et stable. » - Antonio Guterres, ancien Haut-Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés.​ L’éducation en situation de conflit et de déplacement forcé devient désormais une des priorités des organisations internationales qui voient, malheureusement, la crise empirer et s’installer. L’ IIPE-UNESCO (institution de l’UNESCO travaillant avec les gouvernements à l’élaboration des politiques éducatives et à la gestion de l’éducation) fait entrer ces enjeux dans son travail. La communauté internationale est désormais consciente que ces questions doivent être intégrées aussi très en amont, au niveau politique, et que les pays doivent être préparés et avoir des systèmes éducatifs adaptés, notamment en ce qui concerne la diversité des langues, culturelle et des programmes scolaires, que chaque enfant apporte avec lui lors de son déplacement. Cette diversité peut être une grande richesse pour les populations d’accueil mais il faut savoir mettre en place les bonnes ressources sur place. Pour les adultes aussi, l’éducation continue à jouer son rôle. Une fois exilés, la barrière de la langue et de l’intégration se dressent très rapidement. Il faut donc réapprendre une langue, des codes, une culture et tout le reste. Pour les nombreuses initiatives qui se mettent en place aux niveaux locaux ou internationaux, les bénéfices et les opportunités de l’éducation sont bien plus larges que l’acquisition seule de connaissances. Dans les zones de conflit, les écoles représentent souvent un endroit où l’enfant est en sécurité et sort aussi de sa condition de réfugié le temps de quelques heures de cours pour se reconnecter à des perspectives d’avenir également. D’autres projets comme Singa travaillent sur l’apprentissage de la langue française évidemment et sur l’intégration professionnelle mais pour eux ce n’est pas suffisant. Il faut d’abord savoir générer l’envie d’apprendre. Guillaume Capelle nous explique leur point de vue : “L’apprentissage est connecté à plein d'autres choses, on peut imaginer le meilleur apprentissage linguistique ou d'un diplôme, tant qu'il n'y aura pas de sentiment d'appartenance, de reconnaissance, ça ne fonctionne pas”. Créer du lien, avoir une vie sociale, être quelqu’un, c’est essentiel. Ils s’engagent dans ce combat : De nombreuses très belles initiatives existent à travers le monde. En voici quelques-unes qui nous ont inspirées : - Ideas Box, le projet de l’ONG Bibliothèques Sans Frontières. “Lorsqu’une catastrophe ou un conflit survient, l’aide se porte naturellement sur la nourriture, les soins, les abris et les vêtements. Une fois ces besoins vitaux assurés, il est essentiel de permettre aux populations touchées de se reconnecter avec le reste du monde, lutter contre l’ennui et entamer le processus de résilience pour préparer l’avenir. En procurant un accès à Internet, aux livres, au cinéma, au théâtre et à des ressources pédagogiques, l’Ideas Box fournit des outils essentiels pour mieux se reconstruire.”Thot, l’école de français diplômante pour réfugiés et demandeurs d’asile. Un projet fort porté par trois femmes pour qui l’engagement citoyen est essentiel. Ce projet né sur le terrain propose 160 heures de cours de langue française et aussi de culture française pour obtenir le DELF (diplomé d'état en langue française) reconnu par état et internationalement. Leur objectif : construire un programme pédagogique le plus innovant et adapté. Tous les professeurs sont diplômés en FLE (Français Langue Etrangère) et parlent une langue d’origine des réfugiés. Ils bénéficient aussi de l’accompagnement de RFI et TV5 Monde pour les former. Le projet vient de boucler sa campagne Ulule avec plus de 65 000 euros collectés ce qui leur permettra d’ouvrir leur quatre premières classes. Bravo ! - En Allemagne, le projet DAFI propose des bourses à de jeunes réfugiés depuis 1992. Des bourses et un accueil dans les universités qui redonnent espoir et des perspectives d’avenir. - C’est aussi en Allemagne qu’est né Kiron, un projet international visant à donner accès aux cours et diplômes d’universités à des réfugiés du monde entier via internet. - Et si coder apportait aussi son lot de solutions ? C’est le pari fait par Simplon.co, l’école de développeur solidaire et Singa en rassemblant une promotion de personnes réfugiées avec l’envie d’apprendre le code et de développer leurs projets. - D’autres projets innovants à découvrir sont portés par le LearnLab, laboratoire d’innovation dédié à l’éducation du UNHCR. L’équipe de TEDx Champs Elysées vous donne rendez-vous très bientôt pour un TEDx Champs Elysées Salon EXILS. Plus d’informations à venir cette semaine, en attendant rejoignez le compte Twitter. Un grand merci à Guillaume Capelle (SINGA), Tessa Asamoah (UNHCR); Leonora MacEwen (IIPE-UNESCO) pour leur aide précieuse lors de la rédaction de cet article.